Entre l’autobiographie et l’autofiction, il y a des espaces que j’ai choisi d’occuper, en ajoutant quelques fragments, juste pour le plaisir de quelques souvenirs,
et le bonheur de vivre leurs sensations
Leur porte….
Toujours de guingois, s’effilochant de lambeaux en lambeaux que les craquelures de bois coloré finissaient d’achever.
Elle était là depuis tellement longtemps … portant les mêmes rides que les occupants de la maison : la maison épicerie du quartier de la Bastide
Sa clé était aussi lourde de bronze que la serrure était légère : toutes les deux perdaient l’équilibre…
Or je savais qu’elle allait chantonner pour me laisser entrer pour me laisser bercer par la ferveur religieuse de mes grands-parents
Je n’ai jamais su lequel des trois était le plus vieux, le plus blanc, le plus strié….
Il y avait, à ce moment un goût d’éternité…
Pour les siècles des siècles…
AMEN
Inès….
Son tablier de travail: mais plus seulement alors pour aller à la ferme.
Plus, non plus, pour satisfaire des clients, en mal d’ordonnances qui leur prescrivaient par des mots illisibles des remèdes à leurs maux.
Elle mettait ce tablier pour aller, derrière sa caisse enregistreuse et son pèse-aliment, donner à ses clients, le bonheur quotidien dont ils avaient besoin.
Ce tablier ne lui ressemblait pas, elle qui ne s’habillait que quand il faisait froid.
Mais il lui donnait le droit d’être l’épicière de quartier et d’en vivre sinon de la fierté, le pouvoir d’être heureuse de faire ce qu’elle aimait : rendre service.
Du créole de son île à l’espagnol d’un quartier d’immigrés, je ne saisissais pas, enfant, comment elle et ses clientes pouvaient se comprendre :
- Kosa ou veu ?
- Una botelia de javela
Je n’avais rien compris, mais tout me semblait clair entre elles
J’étais fière de ma grand-mère Inès, créole de son état, n’ayant que peu choisi sa vie en métropole.
Elle parlait et comprenait un langage que l’école ne m’enseignait pas, et m’apprenait à peser, calculer, écrire, servir comme personne ne me l’avait jamais proposé.
J’ai certainement dû me dire :
Lorsque je serai grande, je serai comme ma grand-mère :
Je ne m’habillerai que lorsqu’il fera froid
Réunionnaisement vôtre
Isabelle
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